Par Emmanuelle COUTURIER
Nicolas Kuligowski chez Raison d’Art : Portraits inattendus Une vache, un cycliste, une table de réunion… Nicolas Kuligowski choisit des sujets de la vie quotidienne qu’il brosse à grands traits et en couleurs vives sur des tableaux très énergiques.
L’un des plus grands tableaux de l’exposition est celui d’une table de réunion. Avec 5 chaises, réparties seulement autour de 3 côtés de la table, presque à dimensions réelles. Pourquoi ce côté face aux spectateurs est-il vide ? Est-ce, en fait, une table de jury ? Les chaises sont vides. Mais quelque chose les anime véritablement : un rythme dans les couleurs et les coups de brosse sur la toile ; des échos du rouge au vert, d’un dossier de chaise à un autre, comme des traces de coup de sang ou de silence ; une étendue bleue sous la table, pour calmer le jeu ; des bruns et des gris plus agités autour de la table. C’est une vraie réunion qui se tient autour de cette table, avec ses jeux de communication, ses discussions, ses tensions.
La vie des entreprises est l’un des sujets de prédilection de Nicolas Kuligowski. Comme ceux de la vie quotidienne. Il en choisit des objets, fétiches pour lui, « prolongation d’un désir », dit-il, pour en faire des prétextes de portraits, propices aux métaphores et autres figures de styles. La soupière ancienne ? C’est la vie familiale, ou bien la faim. Le zodiaque ? C’est la barque de Dante, le désir de se jeter à l’eau ou de s’évader. Le van ? C’est la parodie – et le paradoxe - de l’enfermement et du voyage. « On parle mieux des gens de façon déguisée », explique le peintre. Un déguisement qu’il renforce par un jeu sur les dimensions, réduisant ou agrandissant le modèle à l’envie ; par un choix de couleurs totalement hors de la réalité ; par des superpositions de couches de peinture et des grands coups de brosse que l’artiste s’emploie ensuite à « défaire ». Pour mieux « rouvrir le tableau », explique-t-il, et lui donner cette énergie si caractéristique.